Du bois résineux récupéré à une nouvelle vie structurelle : Reclaimed Timber ouvre la voie 

Le bois résineux récupéré n’est pas nécessairement arrivé au terme de sa durée de vie structurelle. Une partie de ce matériau conserve un potentiel suffisant pour être réutilisée comme matériau de construction. Encore faut-il pouvoir en évaluer de manière fiable la qualité et la résistance. C’est précisément l’objet de Reclaimed Timber, un projet de recherche prénormatif mené par WOOD.BE avec le soutien du SPF Économie. Le projet se déroule du 1er décembre 2024 au 30 novembre 2026 et étudie comment sélectionner et classer le bois résineux récupéré en classes de résistance, afin de poser les bases techniques d’une réutilisation sûre, techniquement étayée et, à terme, normalisée dans des applications structurelles. 

Le bois issu de projets de démolition et de rénovation ne doit pas nécessairement perdre sa valeur. Lorsque des poutres structurelles sont réemployées après une première phase d’utilisation, non seulement leur valeur matérielle est préservée, mais le carbone stocké dans le bois reste également immobilisé plus longtemps. Ce réemploi s’inscrit pleinement dans les principes de la construction circulaire. 

Le défi technique est toutefois plus complexe que pour le bois de construction neuf. Pour les poutres récupérées, l’origine et la zone de croissance ne sont souvent plus traçables. En outre, elles ont déjà connu une première phase d’utilisation et peuvent présenter des traces d’usure, des déformations, des dommages ou des signes de dégradation. Les règles de classement appliquées au bois neuf ne peuvent donc pas être transposées telles quelles. 

S’appuyer sur les règles de classement existantes 

Dans le cadre de Reclaimed Timber, les chercheurs examinent dans quelle mesure le classement visuel par résistance décrit dans la norme belge STS 04.1 peut servir de base à l’évaluation du bois résineux récupéré. Les critères étudiés comprennent notamment les nœuds, le fil du bois, les fissures, les déformations et les altérations. 

Les premiers résultats montrent que cette évaluation visuelle est utile comme méthode de présélection, mais qu’elle ne suffit pas à apprécier pleinement les performances mécaniques du bois résineux récupéré. En effet, des caractéristiques liées à l’usage antérieur des poutres, telles que les trous de fixation ou les dommages localisés, influencent également leurs performances. Les résultats indiquent par ailleurs que le classement visuel par résistance sous-estime fortement la qualité réelle du bois récupéré. Après une première sélection visuelle, une évaluation technique complémentaire reste donc indispensable. 

Mesurer le potentiel restant du bois 

Dans Reclaimed Timber, cette évaluation repose sur différentes méthodes de mesure. L’analyse vibratoire y joue un rôle central. Cette méthode non destructive permet d’obtenir rapidement une estimation de la rigidité d’une poutre, sans endommager le matériau. 

Mais dans quelle mesure cette estimation est-elle fiable ? Pour le vérifier, les chercheurs ont également soumis les poutres à des essais de flexion à quatre points afin de déterminer leur rigidité statique et leur résistance à la flexion. Ils ont ensuite comparé ces propriétés mécaniques aux résultats de l’analyse vibratoire. Pour les échantillons étudiés, le module d’élasticité dynamique obtenu par analyse vibratoire s’est révélé fortement corrélé à la rigidité statique. Une relation nette a également été observée avec la résistance à la flexion. 

Les essais de flexion à quatre points ont également permis d’évaluer dans quelle mesure le classement visuel par résistance reflète les performances mécaniques mesurées. Pour les poutres étudiées, les classes visuelles supérieures correspondaient en moyenne à des valeurs de résistance et de rigidité plus élevées. La variabilité demeurait toutefois importante, tant au sein des lots étudiés qu’entre ceux-ci. 

Une base prénormative pour la réutilisation 

En résumé, Reclaimed Timber s’articule autour d’une question centrale : comment déterminer de manière fiable quel bois résineux récupéré est apte à une réutilisation structurelle ? Le projet rassemble les données et les connaissances nécessaires pour étayer cette évaluation et, à terme, la traduire en règles de classement fiables ainsi qu’en un cadre normatif adapté. La combinaison d’une évaluation visuelle, de mesures non destructives et d’essais mécaniques constitue une base essentielle à cette démarche. 

En effet, une utilisation structurelle plus large du bois résineux récupéré ne se limite pas à la récupération du matériau. Elle nécessite également une méthode techniquement étayée permettant d’évaluer et de classer ses performances. Avec Reclaimed Timber, WOOD.BE entend contribuer à poser les bases d’une réutilisation plus systématique du bois résineux récupéré dans la construction. 

WOOD.BE tient également à remercier Alexander Buley pour sa contribution au projet Reclaimed Timber. Dans le cadre de son travail de bachelier à HOGENT, il a participé aux recherches en tant que stagiaire chez WOOD.BE et a analysé une partie des échantillons de bois. 

Pour plus d’informations : imke@wood.be. 

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Auteur

Imke De Windt

Research & Innovation

Imke De Windt

Imke est biologiste et experte en technologie du bois, forte de plus de 20 ans d’expérience. Elle est spécialisée dans la durabilité du bois (tests fongiques, identification de champignons, dynamique de l’humidité), les insectes xylophages, l’anatomie du bois, le bois modifié thermiquement, le vieillissement du bois et des revêtements, ainsi que dans le classement visuel du bois.